Caramel

Publié le par Odicele

carame2l.jpgMagnifique ! Jolies actrices, jolie B.O., jolie lumière, jolie atmoshère et problématiques abordées avec finesse et réserve. Touchant, un parfum d’orient enivrant !


"Caramel", c’est une tranche de vie de cinq femmes libanaises qui se côtoient dans un salon esthétique à Beyrouth. Elles vivent avec le poids, chacune à leur manière, de la culture et des traditions de leur confession et de leur pays. Chrétiennes ou musulmanes, ce sont avant tout des femmes, que leur culture voudrait soumises et conformes à ce que la société attend d’elles, c’est-à-dire jolie, docile et discrète.


Mais les mentalités changent, de génération en génération et la culture occidentale s’immisce dans leurs aspirations et chamboule leur modèle de vie. En contradiction avec leur famille, leur conscience ou les autorités, elles tentent de vivre selon leur désir. Elles sont souvent rattrapées par la majorité bien pensante.


Pour garder leur liberté, elles ont donc plusieurs visages, un peu comme des schizophrènes et s’adaptent. Elles jonglent avec leurs identités avec frustration, souffrance et joie de vivre malgré tout. Le salon de coiffure est alors le lieu de tout les possibles, un îlot de liberté. Les femmes s’y retrouvent avec frénésie et plaisir. La réalisatrice, scénariste et actrice Nadine l’a donc rendu douillet, amicale et confiné, afin que l’on puisse comprendre qu’il puisse inspirer la confidence et la mise à nu. Dans la culture et les habitudes orientales, les lieux et les occasions pour les femmes de se retrouver entre elles sont souvent l’occasion de se détendre, d’échanger et de refaire le monde. Ces moments sont matérialisés et idéalisés par le salon féminin replié sur lui-même. Il s’y dégage une atmosphère chaleureuse, de part son décor au ton chaud et ses stores tirés. Il est le théâtre d'une lutte silencieuse mais obstinée.


Tout ce qui est à l’extérieur du salon semble présenter un danger ou une atteinte au désir de liberté. Layal se fait arrêter en voiture parce qu’elle n’a pas sa ceinture. Nisrine doit changer son aspect vestimentaire si elle ne veut pas choquer. Layal est sans cesse déranger par son amant qui la klaxonne lorsqu’il veut la voir. Jamale se rend à des castings qui lui rappellent à chaque fois son âge… La scène qui montre le mieux le décalage entre le salon et l’extérieur, c’est celle où l’ami de Nisrine la dépose devant chez elle après un dîner chez les parents de ce dernier. Ils sont fiancés et pas encore mariés et leur présence sur la voie public se transforme en attentat à la pudeur pour un policier zélé.


Mise à part le personnage de l’amant de Layal qui n’apparaît jamais d’ailleurs dans le film, tous les personnages masculins sont tendres et gentils. La réalisatrice dit qu’elle les a crée tels qu’elle voudrait que les hommes soient et se comportent. Pour ma part, je suis tombée sous le charme du policier, transit d’amour pour Layal…


« Caramel », c’est une atmosphère, entre la douceur et l’amère. C’est la nostalgie, non pas d’un passé radieux mais d’un avenir rêvé, du temps qui s’écoule.
Retrouvez les photos et des intervieuws éclairantes sur le site officiel du film :
http://www.caramel-lefilm.com/caramel.jpg

Franco-Libanais 2007. Réalisation : Nadine Labaki. Scénariste : Nadine Labaki. Avec : Nadine Labaki, Yasmine Elmasri, Sihame Haddad, Joanna Mkarzel, Aziza Semaan, Gisèle Aouad, Ismael Antar, Adel Karam. Durée : 1h35mn.

 

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Anne-Sophie 09/09/2007 16:50

Eh ! la miss, j'attends de nouveaux billets pour savoir ce que je peux aller voir au cinéma...
Reviens-nous !

Anne-Sophie 02/09/2007 23:22

Tu as tout à fait raison. C'est vrai que le film de Chabrol m'a profondément déçue. J'attendais mieux, d'autant que le sujet me touche, m'inspire.
Mais Caramel est un très bon film, très léger, sans prétention hormis celui de montrer un peu la vie au Liban, en période de paix. Tu dois absolument lire l'entretien de Nadine Labaki dans Télérama, il est très intéressant.

Anne-Sophie 01/09/2007 20:40

J'aime beaucoup ton analyse du film. C'est vrai que le film est magnifique; nous voici réconciliées !

Odicele 02/09/2007 12:28

Ouf ! je préfère ça !Il en faut pour tous les goûts et il ne faut pas oublier que c'est avant tout le spectateur qui interprète un film. Avec sa personnalité, son vécu, sa sensibilité, son état d'esprit du moment, il reçoit ce qu'on lui donne. Certains films peuvent convenir à une grande majorité, d'autres touchent plus intimement. La rencontre se fait ou ne se fait pas !