This Is England

Publié le par Odicele

this-is.jpgVoici une peinture sociale réaliste, forte et tendre, dont les anglais ont le secret. Pourquoi, nous les français, ne faisons-nous jamais de film acerbe sur notre société ? Pourquoi n’osons-nous pas jeter cet œil critique ? Pourquoi ne rapportons-nous pas ces images crues et cruelles de notre système, notre politique et de ses répercussions sur notre quotidien ? N’avons-nous pas de traumatismes à exorciser ? 
Le réalisme social est-il aux Anglais ce que la comédie dramatique chic, avec une super star seule face à ses problèmes existentielles mais jamais matérielles, est au français? Une tradition dont il faut s'éloigner?
Petite digression personnelle : Il y en a assez des beaux appartements parisiens de 200m2, des maisons secondaires dans le sud avec piscine et pinèdes, de ces bourgeois gentilshommes. Il y en a assez des beaufs en camping ou en club Med ! Je suis lassée des archétypes traditionnels usés, reflets d’une France à laquelle je n’appartiens pas. Aujourd’hui, dans le cinéma français, on a le choix entre habiter Saint-Germain-des-Prés ou aller au camping des flots bleus. Est-ce bien raisonnable?


Pour en revenir à notre sujet, "This Is England" ne ferme pas les yeux sur les phénomènes de sa société. Il fait parti de ces films qui en témoigne, les observe, en décortique les aspects visibles et invisibles, nous parle de l’individu, du personnel, en partant de la masse.


Shaun a 12 ans, nous sommes dans les années 80. Il entre dans l’adolescence. Son père est mort à la guerre. Sa mère, maintenant seule pour élever son fils, fait ce qu’elle peut. Les revenus de la famille ayant baissé, ils ont changé de quartier et Shaun est obligé de porter de vieux vêtements… En garçon courageux et fier, il répond aux moqueries des uns et des autres. Solitaire par la force des choses, il croise un groupe de jeunes skinheads qui le prend sous son aile. Trop content de se faire des amis, il adopte ses nouveaux compagnons comme une seconde famille. Par la même occasion, il adopte leur look vestimentaire, leurs activités, leurs préoccupations… C’est le bonheur retrouvé ! Mais, un ancien du groupe, après trois ans de prison, reparaît. Il compte bien reprendre sa place de leader et convertir cette poignée d’adolescents à ses idées racistes. Une nouvelle génération de skinheads naît


Caméra à l’épaule, pellicule volontairement vieillie proche du documentaire, longs plans séquence, « This Is England »  revient sur ces années chargées d’une violence émotionnelle et physique extrême. Ce qui intéresse le réalisateur, qui se base sur sa propre histoire, ce n’est pas de nous raconter qui sont les skineads de l‘extrême droite anglaise, c‘est de nous montrer les dérives contradictoires de cette communauté. Ce qui l’intéresse ce sont les mécanismes qui font de la détresse, du désoeuvrement et du besoin de reconnaissance et ainsi que d’amour, des formidables vecteurs de haine.
L’effet de groupe se révèle une arme puissante. Shane Meadows filme le mal être et la perte de l’identité au sein de ce groupe avec beaucoup de psychologie et de sensibilité. 


Angleterre, 2OO7.
Réalisation : Shane Meadows. Scénariste : Shane Meadows. Avec : Thomas Turgoose, Stephen Graham, Jo Hartley, Adrew Shim, Vicky McClure. Durée : 1h37mn.

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