Cloverfield
Etant assez hermétique à l'abattage médiatique et à la stratégie publicitaire qui consiste à livrer des informations sur un film et à en cacher de nombreuses sur une longue période pour attirer son public, cette sortie m'était passée au dessus de la tête. L'attente, orchestrée avec savoir faire, atteind son paroxisme jusqu'à créer le besoin de la délivrance.
En ce qui me concerne, je ne savais rien sur ce film, je n'avais même pas vu sa bande annonce. J'étais juste passée devant son affiche qui me laissait présager un énième film catastrophe sans intérêt.
Suite à la lecture d'une chronique enthousiaste (que vous pouvez retrouver ICI) d'un passionné de cinéma qui a su titiller ma curiosité, j'ai voulu tester "Cloverfield" dont la sortie était très attendue depuis des mois donc, par de nombreux internautes. L'aspect du film qui m'a attirée est qu'il se présente sous la forme d'images prises par un amateur.
Lors d'une fête d'adieu prévue en l'honneur du départ au Japon de son meilleur ami, Hud se voit remettre entre les mains une caméra DV et entrainer à recueillir les interviews des invités de la soirée dans lesquelles ceux-ci doivent adresser un message à leur hôte. Assez frileux au départ, il s'en acquite avec une opiniatreté surprenante. Dès lors, il ne lachera plus la caméra et filmera les évènements hors du commun qui mettra à feu et à sang New York.
Le générique de début nous impose directement la forme d'une video amateur. Il se déroule sur les images prises successivement par plusieurs personnages immortalisant leur vie privée. L'armée a gardé dans ses archives cette cassette qui témoigne de la catastrope survenue et nous sommes en train de la regarder. A l'instar du "Projet Blair Witch", "Cloverfield" joue la carte de la complicité et du privilège avec le spectateur. Il le met dans la position du voyeur et en même temps l'invite à vivre la fiction comme étant l'un de ses personnages. A l'inverse du "Projet Blair Witch", "Cloverfield" ne prétant pas être réel. D'ailleurs, pendant la longue exposition de l'intrigue constituée en majeur partie par la fête de départ qui sert à présenter les personnages, leur situation et leurs relations entre eux, on entend quelqu'un demander à Hud s'il a pensé à changer de cassette et s'il compte tout filmer avec celle qu'il utilise. Celui-ci semble avoir occulté le fait qu'une bande a une durée. On comprend alors que le camescope qu'il manipule ne tombera jamais à court de batterie ni de bande. Le prétexte du témoignage est complètement assumé et sa forme comme un effet aussi.
Le manque d'informations et les maladresses de cadre engendrés par une réalisation amatrice et un point de vue unique, a pour but de décupler la peur du spectateur et de le forcer à adopter l'urgence des personnages qu'il suit. Ce principe fonctionne assez bien ici, à condition de se prêter au jeu. Malheureusement, même s'il participe à une certaine ampathie de l'angoisse, il ne marche pas quand à la production d'émotions telles que la douleur de la perte, la compassion... Je mets ça sur le compte de la durée du film qui ne permet pas le développement de l'action et du drame émotionnel. Et surtout sur le compte du genre dont le créneau est les sensations fortes.
"Cloverfield" est un film de science fiction qui exploite le mythe du monstre gigantesque venu de nulle part et qui détruit tout sur son passage pour introduire l'horreur et l'action. On y retrouve plusieurs sources d'inspiration "la guerre des mondes", "Alien", "Godzilla", "Le jour d'après", etc... Certaines avec plaisir, d'autres avec de la lassitude.
"Cloverfield" est un bon divertissement, rythmé, malin mais qui ne méritait pas qu'on prépare sa sortie comme une sortie historique.
Etats-Unis, 2008. Réalisation : Matt Reeves. Scénariste :Drew Goddard. Avec : Michael Stahl David, Lizzy Caplan, Jessica Lucas, Mike Vogel, T.J. Miller, Odette Yustman. Durée : 1h30mn.