Etreintes brisées

Publié le par Odicele

Un film d’Almodovar, c’est toujours un évènement. En tout cas, pour moi c’est un rendez-vous avec le drame,  la passion, les entrailles de l’âme humaine et l’humour aussi, que je ne raterai sous aucun prétexte.

A l’inverse du drame qui se noue et se dénoue dans « Etreintes brisées » et qui sépare ceux qui s’aiment, l’étreinte se renouvèle entre le réalisateur et son public pendant deux heures intenses.

 

Harry Caine est un scénariste épanouit et bon vivant malgré son handicape, la cécité. Entouré de sa fidèle amie et agent Judith et du fils de cette dernière, Diego, il mène une vie plutôt calme. A la mort d’Ernesto Martel, un homme d’affaire richissime dont il ne veut pas entendre parler, Harry se replonge dans le passé, 14 ans plutôt, à l’époque où il s’appelait encore Mateo Blanco, avant l’accident qui lui couta la vue et la vie de sa bien aimée. C’est l’occasion de faire le point, les masques du présent tombent et chacun cherche l’absolution à sa manière.

 

« Etreintes brisées » est une histoire d’amours passionnels qui mêle habilement des genres très différents comme la comédie, le drame et le polar. Le nœud dramatique final est d’une part ce qui insuffle par sa fatalité une atmosphère mélodramatique et romantique, alors que le mystère qui l’entoure et la progression de sa résolution propose d’autre part une trame policière. Le rire, lui, sera plus diffus, apposé par petites touches, mais bien présent. Le rire se fait dérision ou bouffonnerie selon le contexte. Le jeu et la mise en scène du personnage du fils Martel, interprété par Ruben Orchandiano est remarquable de ce point de vue là. 

 

Ce long métrage se regarde comme un recueil de nouvelles dans lequel chaque histoire bien distincte est imbriquée dans les autres. Le temps se démultiplie et les points de vue aussi comme s’il y avait plusieurs dimensions.

 

Avec « Etreintes brisées » Almodovar s’amuse et rend non seulement hommage à l’une de ses actrices féminines fétiches mais aussi au cinéma. Il multiplie les références directes ou plus discrètes, les clins d’œil. Il s’autorise même la reprise de l’un de ses premiers films « Femmes au bord de la crise de nerfs ». Le personnage interprété par Pénélope Cruz, Lena, devient tour à tour Marylin Monroe ou Audrey Hepburn, elle incarne tous les fantasmes, tandis ce que de nombreux films mythiques ou photographies défilent sur des murs, dans des téléviseurs...jouant avec une multitude de mise en abîme et d’effets de miroir. De même, tous les personnages travaillent dans le cinéma et une bonne part de la fiction se déroule lors d’un tournage. Jamais aucun des films d’Almodovar n’avait traité de ce milieu d’une façon aussi familière.

Se pourrait-il qu’« Etreintes brisées » soit un hommage entre autre à certains films de Woody Allen, qui d’ailleurs a tourné son dernier film en Espagne et dont l’une des actrices principales était Pénélope Cruz ; Woody Allen qui a longtemps mis en scène le milieu des médias ? Je m’échauffe peut-être un peu trop mais pourquoi pas ?

 

Loin de l’hystérie et des névroses auxquelles Almodovar nous avait habituées et qui fait tout son charme, le réalisateur nous propose ici ces thèmes récurrents, traités avec plus de distance et de mesure. Quand bien même, le sujet traité est la passion sous toutes ses formes, assouvie, destructrice, refoulée, vengeresque ou dévouée, il n’en reste pas moins une sensation d’apaisement, d’assagissement qui émane de tout ce bouillonnement d’émotions.

Inhabituellement moins provocateur, la maitrise et la maturité d’« Etreintes brisées » m’ont enchantées.

Espagne, 2009. Réalisation : Pedro Almodovar.Scénario : Pedro Almodovar. Avec : Peneélope Cruz, Blanca Portillo, Lluis Homar, Jose Luis Gomez, Ruben Ochandiano, Tomar Novas, Angela Lolina, Rossy de Palma. Durée : 2h09.

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